Gazette de libération Numérique "Parler du monde coopératif qui tente d'advenir, à notre échelle"

Peut-on faire FAI de l’ESS en coopérative non-marchande et accueillir une multinationale ?

La FFDN (fédération des  fournisseurs d’accès à Internet associatifs) a décidé d’accueillir officiellement une SCIC en son sein. Celle-ci en était déjà « membre officieux » puisqu’elle est l’émanation d’une association anciennement adhérente de la fédération. Ce changement ne devrait normalement poser aucun problème, sauf qu’une multinationale a pris contact avec la SCIC et souhaite devenir l’un de ses « coopérateurs ». Le capitalisme financier est-il soluble dans le monde des fournisseurs d’accès Internet alternatifs et non-marchands ?

« Bienvenue dans le monde merveilleux de l’économie sociale et solidaire ! » pourrait être le sous-titre de cet article. Ce créneau [devenu surtout entrepreneurial ?] semble devenir porteur, et comme avec l’écologie et la lutte contre le changement climatique — qui a vu les plus grands groupes pétroliers devenir des fervents défenseurs des « énergies vertes » — l’ESS attire le monde de la finance. La logique des démarches de ces grands groupes internationaux est connue, elle participe de la nécessaire « image de marque » à entretenir auprès du public. Vous polluez et renvoyez des gaz à effet de serre ? Pas de problème : investissez dans les énergies renouvelables et communiquez sur cet aspect en premier lieu. Vous vendez des assurances, jouez sur les marchés financiers et développez des activités bancaires ? Pas de problème : communiquez sur votre investissement dans l’économie sociale et solidaire, et mettez en avant votre caractère mutualiste, votre implication dans des activités à caractère non-marchand, le caritatif et votre engagement dans le « bien public ».

Bisounours de la finance et du numérique ?

Une multinationale comme Groupama — c’est bien elle qui est en discussion avec la Scic adhérente de la FFDN — génère 16 milliards de chiffre d’affaire annuel, possède plusieurs marques, et vient de s’associer avec l’opérateur Orange, en lui ouvrant son capital pour créer une banque : Orange Bank. Groupama est une société d’assurance mutualiste — à l’origine — mais est aussi un opérateur bancaire et financier(1). Cette multinationale effectue donc des opérations sur les marchés financiers internationaux, ce qui a failli lui coûter très cher en au tournant des années 2011 quand l’écroulement bancaire grec s’est déclenché(2). Mais Groupama ne se présente pas toujours sous cet aspect là, au contraire. C’est en réalité avec une ligne purement « locale » et axée sur l’amélioration du bien commun, de l’aide aux personnes, du soutien aux initiatives non-lucratives que le groupe financier se positionne. Sur certains territoires, et avec certains interlocuteurs. Cette « action politique » qu’aimerait pratiquer Groupama avec la Scic non marchande — qui déploie de l’Internet haut débit dans les zones blanches — est résumée par ces quelques concepts, chez Groupama : « rendre des services aux populations, soutenir des causes, investir localement ».

A lire ces intentions, pleines de bienveillance, reliées aux investissements croissants de Groupama dans le « numérique », chacun peut se demander si ce n’est pas là la première « multinationale bisounours » du genre. Puisque si les FAI membres de la FFDN en sont, des bisounours, et c’est même là « leur cœur de métier » et leur éthique première (on peut le penser, en tout cas), il est étrange et difficile d’imaginer Groupama sur cette ligne. Mais pourtant, l’assureur mutualiste — sans actionnaires et « sans capitalistes » — est très proche, dans les mots, des préoccupations des bénévoles de la Scic : « Groupama est une mutuelle, n’a pas d’actionnaire, pas de capitalistes, pas de fond de pension, les gains sont réinvestis, et en fonds propres. Groupama est né de caisses locales. Des sociétaires privés mais aussi des élus de collectivité locales sont élus dans Groupama. Groupama a pour vocation : l’assurance, mais aussi apporter de la protection aux sociétaires. »

Cette entreprise « sans capitalistes » appuie son discours d’économie sociale et solidaire : « Groupama veut faire la promotion de « l’idée » que défend la Scic, l’assureur veut effectuer des  atelier de démonstration, s’associer à des gros projets d’intérêt général, connecter des agences [Groupama} et implanter des points d’accès wifi gratuits pour équiper ses clients et ses « prospects » en zones blanches ». Toutes ces actions , ces soutiens du géant de l’assurance (très concerné visiblement par le bien public et l’intérêt général) seraient donc possibles en devenant membre du FAI coopératif. Le « bisounours de la finance, de la protection de ses assurés et du numérique  » ne veut que le bien du plus grand nombre, tout en améliorant un peu ses services, mais veut lui aussi devenir un membre actif bénévole de la coopérative d’intérêt collectif non marchande, FAI membre de la FFDN. Tout ça est-il bien raisonnable ?

Objets connectés en zone blanche ?

Groupama est positionné sur deux produits reliés à Internet : la box habitation, et le service Noé. Sa difficulté à vendre ces produits connectés à ses clients, dans certains départements, est directement liée à la problématique des zones blanches. Une box habitation qui surveille votre maison, comme le stipule la réclame de Groupama mérite un peu de débit : « Vous êtes alerté en temps réél de tout ce qui se passe chez vous : mes enfants sont rentrés à la maison, la femme de ménage vient d’arriver… et vous pouvez réagir immédiatement en cas de problème. ». C’est ainsi que Groupama explique qu’elle veut « prendre des parts de la Scic pour soutenir un projet d’implantation et de sortie de l’isolement numérique« . Il va sans dire que la sortie de « l’isolement numérique » se situe à destination des sociétaires Groupama à qui le groupe aimerait bien vendre ses nouveaux services « intelligents »

Le service connecté Noé, lancé il y a peu par Groupama, nécessite donc des accès internet corrects, que les opérateurs nationaux n’offrent pas dans les zones blanches, mais que le FAI coopératif, lui, est en mesure d’implanter. Ce service Noé est le suivant : « Grâce à des objets intelligents fournis par Groupama, les clients n’auront plus à s’inquiéter de la sécurité et du bien-être de leurs parents âgés. » Oui, le bien-être des parents âgés est juste dépendant de la bonne connexion Internet, selon l’assureur, qui explique : « Groupama a donc imaginé une solution 100 % digitale pour venir en aide aux personnes qui ne parviennent pas à maintenir un contact régulier avec leur famille. Noé, c’est le nom de ce service connecté qui comprend une tablette tactile et intuitive, un bracelet d’alerte avec détecteur de chute automatique et une application Noé à télécharger par l’ensemble du cercle familial. » Installer un service distant par Internet à son vieillard de parent permet de ne plus s’inquiéter de sa sécurité et de son bien-être, visiblement. Mais faut-il avoir la bonne connexion. Et les bons adhérents.

Les questions qui fâchent… ou pas ?

Pouvoir vendre ses « nouveaux » services connectés à des membres d’une coopérative fournisseur d’accès internet en zone blanche est très intéressant pour Groupama, mais oblige ceux qui voudraient l’accueillir en leur sein à réfléchir un peu plus lojn que le discours de « gentil assureur mutualiste campagnard » qui voudrait bien améliorer le sort du plus grand nombre. Au delà de la philosophie mercantile du groupe financier désormais allié à Orange, les points importants à traiter touchent à la vie coopérative en elle-même. Comment — pour le FAI coopératif — faire avec les coopérateurs devenus sociétaires Groupama (ou déjà sociétaires) une fois équipés de leur « Objets de l’internet Groupama » à 12,90€ ou 19,90€ par mois et demandeurs d’une liaison parfaite, en accord avec les qualités vantées pour le produit payé ? Les sociétaires Groupama peuvent-ils devenir un groupe de pression au sein des coopérateurs abonnés ? Comment expliquer aux bénévoles de la Scic qu’ils vont aussi travailler pour permettre à des « prospects » Groupama de vendre des produits de surveillance à distance grâce à leur bénévolat ?

Les activités d’économie sociale et solidaire, de fourniture d’accès en zone blanche par des opérateurs non-marchands, coopératifs ou associatifs peuvent-elles s’associer avec les entreprises qui continuent encore et encore à reproduire les schémas de profits, de marketing, de publicité, de financiarisation de l’économie, et de capitalisme triomphant ? Étrangement, l’ESS et les FAI alternatifs se sont créés en réaction à ce capitalisme là. Et ils voudraient les faire rentrer dans leurs structures ?

Étonnant, non ?

(1) « En décembre 2015, Groupama lance ses premiers certificats mutualistes autorisés par la loi de l’Économie Sociale et Solidaire de juillet 201414. Fin 2016, l’ensemble des caisses régionales a émis des certificats mutualistes. En 2016, Orange et Groupama signent un accord visant à développer une offre bancaire 100% mobile15. Ainsi, Orange entre à hauteur de 65% au capital de Groupama Banque, rebaptisée Orange Bank le 16 janvier 20175. » (Wikipedia : positionnement de Groupama sur des marchés rentables)

(2) L’année 2011 est marquée par la crise de la dette dans la zone Euro, notamment en Grèce, et par une forte dégradation des marchés financiers. Cette situation affecte la santé financière de Groupama. La note du groupe est abaissé par les agences de notation Fitch Ratings et Standards and Poor’s9. (WIkipedia : Groupama développement international et restructuration)

Où est l’extrémisme économique et entrepreneurial ?

Une coopérative d’intérêt collectif, qui définit son champ de fonctionnement autour de l’économie sociale et solidaire et s’interdit de fonctionner dans le cadre marchand est-elle extrémiste ? La question ne se pose pas pour ceux qui ont analysé les dégâts provoqués par le camp des entreprises marchandes, puisque c’est leur fonctionnement et les conséquences de leurs pratiques qui ont poussé les défenseurs de l’ESS à s’orienter sur cette nouvelle voie. Les entreprises marchandes ne sont pas démocratiques, par exemple. Et l’ESS promeut la démocratie au sein des entreprises. Ou est vraiment l’extrémisme ?

Les pratiques marchandes sont axées autour de méthodes bien connues, qui n’incitent pas à la coopération, ne tentent pas de réunir les gens autour d’une activité, ne cherchent pas à rendre autonomes les acteurs pouvant être concernés par cette même activité. Cette affirmation est très simple à comprendre par les simples terminologies et méthodes marketing utilisées par les entreprises marchandes : clients, produits, concurrents, bénéfices, positionnements, efficience, stratégies, etc…

Le vocabulaire de ces entreprises est celui de la stratégie guerrière. Il est issu d’une tradition militaire de conquête. La vision marchande est celle d’une petite armée (l’entreprise avec ses dirigeants et ses « collaborateurs ») qui doit se battre au sein d’un ensemble d’autres armées (les concurrents) et parvenir à gagner (des parts de marchés, des nouveaux clients, etc). Le calcul est au centre des préoccupations de ces entreprises qui pour survivre — prises au milieu de cette grande bataille à laquelle ils ont décidé de participer — sont prêtes à « presque tout » pour se vendre au mieux.

C’est ainsi que la publicité vient vanter des mérites pas toujours parfaitement vérifiables ou tenables, de produits pas toujours entièrement « vrais ». La population y est habituée, elle s’y est même résignée. Chaque opérateur Internet, par exemple, vante ses propres mérites, sa capacité unique à être près de ses clients, avec ses propositions plus adaptées au véritable « besoin » des abonnés, à venir, ou tentés d’aller ailleurs. Tout est calculé chez les opérateurs pour essayer de séduire le client. C’est un fait. C’est extrémiste. La publicité ciblée est extrémiste. Toutes ces méthodes de communication, marketing, de management, sont arrivées à un extrême, elles ont envahi tous les pans de la vie moderne et ne cessent de s’améliorer pour aujourd’hui être traitées par les plus grandes entreprises grâce au mégadonnées (Big Data) des internautes.

Une autre approche est-elle possible ?

La question de la validité de cette autre approche — qui se contraint à ne pas rentrer dans ces pratiques, pour tenter de libérer les personnes de ces méthodes et de cette façon de penser l’activité, l’entreprise, le travail, les échanges — vient rapidement se poser. En retournant le sens. En accusant cette approche non-marchande, qui se contraint à ne pas utiliser les méthodes des entreprises marchandes, d’être elle, dans une approche extrémiste. Pourquoi ?

La première raison est d’ordre purement stratégique : les promoteurs du monde entrepreneurial marchand ne veulent pas voir d’autres approches antinomiques aux leurs se développer, puisqu’elle pointeraient leurs propres errements. Accuser de ses propres défauts — l’extrémisme en l’occurrence — le secteur non-marchand est une technique comme une autre pour le décrédibiliser, le pointer du doigt. La deuxième est d’ordre social et psychologique : l’habitude des méthodes classiques du monde commercial est tellement ancrée, que toute autre approche semble parfaitement insensée à de nombreux acteurs du monde commercial. La difficulté pour eux de s’adapter à une nouvelle approche, parfaitement antinomique à la leur, les oblige à soit dénoncer l’approche non-marchande comme extrémiste (et non efficiente) ou bien à tenter d’insérer leurs méthodes de marketing, de communication dans les approches des entreprises du secteur de l’ESS.

La télévision : l’extrême marchand

Le syndrôme de la télévision illustre très bien ce phénomène. Imaginons un instant qu’un acteur non-marchand fournisseur d’accès internet et aménageur numérique commence à faire la promotion de ses « solutions » en utilisant le produit TV Haute définition. Une sorte de produit d’appel : « avec nous, vous avez du haut débit qui vous permet de regarder la TV HD ». Cette approche, pourtant très classique dans le monde marchand, devrait poser de nombreuses questions dans le secteur de l’ESS. La télévision est le promoteur principal des valeurs marchandes. Elle est un moyen pour des annonceurs de grandes entreprises de conserver quotidiennement l’attention des consommateurs-téléspectateurs. Les programmes de télévision, comme l’expliquait il y a quelques années le PDG de TF1, ne sont là que pour permettre de « vendre du quart d’heure de cerveau disponible ». La télévision est un programme d’annonces publicitaires, entrecoupé de quelques programmes censés faire rester les spectateurs devant les prochains écrans publicitaires. Des chercheurs en neurosciences dénoncent les méthodes employées par les agences de marketing pour influencer les téléspectateurs, et particulièrement les enfants (vidéo du chercheur  Michel Desmurget sur Reflets.info). La télévision est en fin de compte un outil de propagande, extrême, mais qui a bénéficié sur des décennies d’une acceptation sociale telle, que la critiquer ou simplement établir ce qu’elle est en tant qu’outil d’influence marketing est devenu… une forme d’extrémisme. L’inversion du sens est, là, encore, le procédé en vogue.

L’ESS, le secteur non-marchand, a vocation à permettre aux personnes de s’emparer des activités, à sortir de chez elles, refaire du lien social, échanger, et participer sans intérêts mercantiles : comment une coopérative peut-elle inciter les gens à regarder la TV — l’objet qui fait rester chez soi, ne permet pas de s’emparer d’autre chose que des produits à consommer, casse le lien social, est mercantile, et promeut l’égoïsme — et dans le même temps vouloir réaliser cette même vocation ?

Les GAFAM… pas extrémistes ?

Dans un sens parallèle, le problème des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) se pose aussi, dans le cadre de l’aménagement numérique : promouvoir des solutions logicielles privatives aux adhérents/membres d’un FAI de l’ESS semble très dangereux et même contradictoire (article à lire : Le secteur non-marchand est-il compatible avec les technologies propriétaires)

L’extrémisme n’est pas dans le secteur de la défense du libre, de l’ESS, ou du non-marchand. C’est exactement l’inverse. Ce secteur tente au contraire de lutter et offrir une réponse à l’extrémisme du monde marchand qui, lui, recouvre 99% des activités humaines.

Ne pas comprendre ce phénomène, c’est passer à côté de la valeur de cette nouvelle forme de « vivre ensemble », et au final, la condamner à termes. Mais n’est-ce pas là le cœur du problème ?

Le secteur non-marchand est-il compatible avec les technologies propriétaires ?

Une Scic (société coopérative d’intérêt collectif) comme Scani, fournisseur d’accès Intenet (et aménageur numérique) dans l’Yonne, est une entreprise « non-marchande ». La coopérative est donc engagée dans une approche de type service public, se refusant à engager ses actions ou investissements dans l’objectif de générer des profits ou accroître son chiffre d’affaire. Au delà du seul aspect économique, le secteur non-marchand défend de nombreuses valeurs ou idéaux, laissant aux acteurs économiques classiques la possibilité de « tout faire » pour générer des nouveaux profits et des nouveaux marchés. C’est dans ce cadre de réflexion, que l’utilisation des technologies propriétaires vient questionner l’action des entreprises sociales et solidaires, telles que Scani. Analyse.

Propriétaire et libre sont dans un bateau…

Les technologies propriétaires — dans le domaine du numérique — sont un enjeu très important depuis le début de l’ouverture d’Internet au grand public. La bataille entre des grandes entreprises pour dominer commercialement sur le réseau mondial n’est pas terminée, mais la prééminence de leurs technologies fermées, sous licence propriétaire payante s’est vue déplacée grâce aux développement des logiciels libres ou open source. Plus de 80% des serveurs internet fonctionnent grâce au système d’exploitation libre GNU/Linux, et la majorité des langages du web sont open source. De façon simplifiée, la privatisation totale d’internet n’a pas eu lieu grâce à la prééminence des logiciels libres ou open-source. Les grandes entreprises ont donc dû chercher d’autres voies que celles des accès au web par des péages des brevets ou des licences, et se sont concentrés sur la collecte et revente de données à des fins publicitaires, ou la création de plateformes d’intermédiations monopolistiques. Google est l’entreprise qui a imposé la première le modèle de la collecte et revente de données : tous les services de la multinationale sont gratuits, mais chacune des actions de l’utilisateur de ces services sont pistées, analysées, et revendues à des tiers sous divers formes. Les publicités affichées sur les sites, mails à caractère commercial, résultats de recherches sont tous liés au profilage algorithmique opérés par Google sur ses utilisateurs.

Inciter au marchand en défendant le non-marchand ?

La « marchandisation de toute chose » est le modèle économique d’une entreprise comme Google, qui a créé en quelques années un véritable écosystème numérique dans lequel les internautes peuvent se retrouver totalement englués. Du stockage de fichiers en ligne (Google drive), au mail (Gmail), en passant par la planificiation (Doodle), jusqu’à la vente de produits culturels, l’entreprise Google possède 220 services ou logiciels « offerts » aux utilisateurs d’Internet. Le moteur de recherche Google étant utilisé par plus de 90% des internautes, il va sans dire que ses services sont fortement mis en avant et occultent largement tous les autres. Le problème de fond vient donc à la fois du quasi monopole constitué par cette multinationale, et du pillage des données personnelles opéré qu’elle opère à des fins commerciales.

Une coopérative d’économie sociale et solidaire, spécialisée dans l’aménagement numérique, qui a vocation à raccorder en haut débit les personnes en zone blanche Internet, ouvrir des espaces sociaux numériques, peut-elle mettre en avant des services/logiciels propriétaires, dont ceux de Google en premier lieu ? Imaginons une box Internet, sorte de « média-center » pour permettre aux adhérents de la coopérative (ou au delà) de profiter d’Internet « autrement » en utilisant son poste de télévision, et en pilotant l’ensemble à partir dune tablette ou d’un « ordiphone ». Ce projet, qui existe chez Scani, peut être développé avec du matériel open-source telle la Raspberry-pi modèle 3, ou un autre matériel équivalent, avec un système GNU/Linux Raspbian libre. Mais ce « média center » pourrait être aussi piloté par le système d’exploitation Androïd de Google. De nombreuses « box » de type « média center » existent dans le commerce équipées d’Androïd. Si cette solution de système propriétaire était retenue pour un tel projet, Scani (ou les acteurs de la coopérative qui proposeraient ce matériel) inciterait donc les internautes à entrer dans l’écosystème marchand de Google. Ennuyeux, quand on sait qu’Androïd est connu pour aspirer les données et forcer la main aux utilisateurs à utiliser les outils Google…La nécessité d’utiliser au maximum des logiciels libres, particulièrement dans le cadre des outils numériques à destination des adhérents des structures de l’économie sociale et solidaire se pose donc. Choisir du propriétaire quand il est possible sans problème d’utiliser du libre, serait, pour une coopérative telle Scani, une forme de « Freewashing » (analogie au greenwashing des entreprises polluantes faisant la promotion de l’écologie, ndlr) « très gênante. Comment, en effet, promouvoir le non-marchand quand on inciterait par ailleurs à utiliser des logiciels marchands ?

Internet, le numérique et leurs usages en milieu rural : la question qu’on ne pose pas

De nombreux discours politiques font la promotion du numérique et de l’arrivée de la fibre optique en milieu rural dans le département de l’Yonne. La plupart du temps au moment d’échéances électorales. Ce phénomène est général en France et reflète plusieurs contradictions, voire incompétences, des décideurs face à une mutation en cours — pas seulement technologique — qu’ils ne semblent pas maîtriser, tout en multipliant pourtant les promesses. Mais d’ailleurs, pourquoi faudrait-il que le « numérique » se propage dans les campagnes, et surtout : quel numérique, et pour quoi faire ?

Il y a le plan France THD (Très Haut Débit) qui promet — depuis plusieurs années — d’amener des débits supérieurs à celui de l’ADSL dans tous les foyers français. Le plan France THD est une sorte de marronnier, un sujet qui revient de façon récurente avec toujours les mêmes questions et constats : les campagnes n’ont toujours pas d’accès Internet correct en 2016, les débits sont déplorables, et les échéances pour qu’un changement survienne à ce niveau sont toujours repoussées. Dans le même temps, au delà des discours sur la nécessité d’apporter des débits supérieurs aux ruraux, rien n’est dit de façon claire sur le pourquoi de cette nécessité. Un peu comme si le retard dans cette matière par rapport aux villes suffisait à expliquer la nécessité de le rattraper. Une fois des débits meilleurs, voire des très hauts débits offerts aux habitants du monde rural, que se passera-t-il ?

Ça manque de débit dans les campagnes

Se focaliser uniquement sur la taille des  tuyaux, revient dans le domaine du numérique revient dans le domaine de la voirie à vouloir ajouter toujours plus de voies rapides sans jamais se poser la question de qui les empruntera et comment, avec quels objectifs. Pour autant, il est certain que les foyers français, qu’ils soient en ville ou en campagne sont aujourd’hui de plus en plus dépendants du réseau mondial pour de nombreuses choses : administration, recherche d’emploi, échanges de courriers électroniques, accès à la presse, échanges sur les réseaux sociaux, téléphonie, etc… Tout comme la télévision est devenue un appareil quasiment incontournable pour les Français — qui peuvent difficilement s’en passer — Internet tend à devenir un service presque aussi évident et indispensable que l’accès à l’eau ou à l’électricité.

Les personnes vivant en campagne et bénéficiant d’un accès ADSL de très mauvaise qualité sont légions dans le département de l’Yonne. Ce constat est simple à expliquer : plus les habitations sont éloignées des NRA (nœuds de raccordement ADSL, en général ces bâtiments techniques sont dans des zones urbaines), plus le signal sur les lignes téléphoniques en cuivre est dégradé. Ainsi, les opérateurs nationaux vendent-ils au même prix (entre 30 et 45€) des services d’accès Internet qui n’ont rien à voir pour l’abonné en ville ou celui dans un coin de campagne. Les « box » doivent en général permettre d’accéder à Internet, de bénéficier d’une ligne téléphonique numérique et d' »avoir la télévision ». Dans le monde rural des débits ADSL à 1Mbps ou moins (des débits du début des années 2000, voire des années 90 pour certains), la téléphonie IP ne fonctionne pas, la télévision ne passe par Internet (la box TV ne sert qu’à effectuer ses mises à jour qui se font péniblement quand elles peuvent se faire) et Internet reste le plus souvent à l’usage des mails, laissant l’internaute en attente de longues minutes pour afficher une page, quand il y arrive. Les montées en débit planifiées pour 2016 devraient bien entendu pallier ce problème en offrant la plupart du temps un débit ADSL digne de la moitié des années 2000 : 8Mbps. Et donc ?

Plus de débit, encore plus, et après ?

Des plans de déploiement de la fibre optique sont prévus et devraient débuter en 2017 dans des communes rurales de l’Yonne, ainsi que des montées en débit. Les habitants des campagnes devraient (partiellement) bénéficier de meilleurs accès au réseau mondial. Pas tous les foyers, puisqu’il est évident que la fibre optique dans les foyers ruraux un peu isolés n’arrivera pas avant longtemps. Une solution alternative de haut et très haut débit par antennes wifi longue portée existe dans le département, gérée par une coopérative d’intérêt collectif (dont nous vous reparlerons) : Scani.

Cette solution alternative aux accès ADSL des opérateurs nationaux a déjà été adoptée par plus de 300 foyers ou entreprises dans le département. Elle offre des débits allant en moyenne de 15 à 40 Mbps symétriques. Ces débits sont aujourd’hui largement suffisants pour des gros utilisateurs d’Internet tels ques les entreprises, sachant que cette solution — comme avec la fibre optique — permet d’envoyer des données sur le réseau avec autant de débit que pour en recevoir. Cet aspect est important puisque l’ADSL est une technologie qui limite l’envoi de données sur le réseau à 1 Mbps même lorsque que votre accès est au maximum de la technologie, soit 20 Mbps. Il existe des améliorations de la technologies DSL qui permettent d’obtenir des débits supérieurs, comme l’ADSL2+ ou le VDSL, mais elles ne sont que très rarement accessibles aux habitants des campagnes…

Toutes ces problématiques de débits mènent à une question : pour quels usages ? Si le sujet est vaste et ne sera pas réglé dans ce billet, il n’en reste pas moins qu’il doit être abordé.

Que faire en campagne avec un Internet qui va bien ?

Une fois « l’internaute rural » équipé d’un accès Internet en haut ou en très haut débit, il est en mesure de profiter intégralement des services qu’offre le réseau mondial. Sa liaison ne patine plus, il ne peste plus en attendant que la vidéo youtube veuille bien continuer à se dérouler, ou que sa page facebook affiche toutes les images et icônes. Mais après ? En quoi cette amélioration est-elle symbole de changement important dans les campagnes ? D’un point de vue professionnel, il va sans dire que la différence peut se faire ressentir : de nombreux processus peuvent s’effectuer par Internet, comme la gestion de stock, relations clients, etc… Internet est donc un facteur incitatif d’implantation de nouvelles activités ou de l’amélioration d’activités entrepreunariales déjà en place, mais pour les particuliers, les collectivités, les associations ? Une fois les 8 Mbps atteints, pourquoi donc vouloir plus ?

L’aménagement numérique n’est presque jamais abordé dans les discours politiques sur les problèmes de débit Internet, alors qu’il est le cœur du développement du monde rural en lien avec l’amélioration des infrastructures réseaux. A quoi bon dépenser des centaines de millions pour augmenter les débits ou amener de la fibre optique dans les foyers si c’est avant tout pour permettre au plus grand nombre de faire jouer des vidéos Youtube et afficher plus rapidement des pages Facebook ? Les usages d’Internet sont occultés alors que de nombreuses initiatives autour du numérique dans le monde rurale pourraient être promues dans le cadre du haut et très haut débit.

Si profiter du réseau mondial est possible de façon correcte entre 8 Mbps et 20 Mbps, il est plus difficile d’envisager des services locaux consommateurs de bande passante sans la fibre optique. Les flux vidéos sont de ces services qui pourraient très bien venir « désenclaver » le monde rural : retransmission de spectacles, festivals, ateliers en ligne, conseils municipaux, voire… messes ou enterrements retransmis en vidéo (particulièrement pour les personnes ne pouvant pas se déplacer). Le monde rural est propice à l’utilisation de services en ligne, de par les distances qui séparent les lieux d’activités et l’isolement plus ou moins subi de ses habitants. L’internet très haut débit serait l’occasion de créer du lien, des structures en ligne et des nouvelles manières d’échanger, de travailler. Si une préoccupation d’aménagement numérique réelle émerge, plutôt que la simple augmentation de la dimension des tuyaux…

Quels espaces de co-coworking dans le département ?

Travailler ailleurs que chez soi ou dans un bureau passe par un type d’espaces professionnels bien spécifiques : les espaces de co-working.

Haec subinde Constantius audiens et quaedam referente Thalassio doctus, quem eum odisse iam conpererat lege communi, scribens ad Caesarem blandius adiumenta paulatim illi subtraxit, sollicitari se simulans ne, uti est militare otium fere tumultuosum, in eius perniciem conspiraret, solisque scholis iussit esse contentum palatinis et protectorum cum Scutariis et Gentilibus, et mandabat Domitiano, ex comite largitionum, praefecto ut cum in Syriam venerit, Gallum, quem crebro acciverat, ad Italiam properare blande hortaretur et verecunde.

salon-nuMog

Ideoque fertur neminem aliquando ob haec vel similia poenae addictum oblato de more elogio revocari iussisse, quod inexorabiles quoque principes factitarunt. et exitiale hoc vitium, quod in aliis non numquam intepescit, in illo aetatis progressu effervescebat, obstinatum eius propositum accendente adulatorum cohorte.

Cuius acerbitati uxor grave accesserat incentivum, germanitate Augusti turgida supra modum, quam Hannibaliano regi fratris filio antehac Constantinus iunxerat pater, Megaera quaedam mortalis, inflammatrix saevientis adsidua, humani cruoris avida nihil mitius quam maritus; qui paulatim eruditiores facti processu temporis ad nocendum per clandestinos versutosque rumigerulos conpertis leviter addere quaedam male suetos falsa et placentia sibi discentes, adfectati regni vel artium nefandarum calumnias insontibus adfligebant.

Erat autem diritatis eius hoc quoque indicium nec obscurum nec latens, quod ludicris cruentis delectabatur et in circo sex vel septem aliquotiens vetitis certaminibus pugilum vicissim se concidentium perfusorumque sanguine specie ut lucratus ingentia laetabatur.

Cartographie des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP)

Et quia Montius inter dilancinantium manus spiritum efflaturus Epigonum et Eusebium nec professionem nec dignitatem ostendens aliquotiens increpabat, qui sint hi magna quaerebatur industria, et nequid intepesceret, Epigonus e Lycia philosophus ducitur et Eusebius ab Emissa Pittacas cognomento, concitatus orator, cum quaestor non hos sed tribunos fabricarum insimulasset promittentes armorum si novas res agitari conperissent.

Qui cum venisset ob haec festinatis itineribus Antiochiam, praestrictis palatii ianuis, contempto Caesare, quem videri decuerat, ad praetorium cum pompa sollemni perrexit morbosque diu causatus nec regiam introiit nec processit in publicum, sed abditus multa in eius moliebatur exitium addens quaedam relationibus supervacua, quas subinde dimittebat ad principem.

Emensis itaque difficultatibus multis et nive obrutis callibus plurimis ubi prope Rauracum ventum est ad supercilia fluminis Rheni, resistente multitudine Alamanna pontem suspendere navium conpage Romani vi nimia vetabantur ritu grandinis undique convolantibus telis, et cum id inpossibile videretur, imperator cogitationibus magnis attonitus, quid capesseret ambigebat.

Inter has ruinarum varietates a Nisibi quam tuebatur accitus Vrsicinus, cui nos obsecuturos iunxerat imperiale praeceptum, dispicere litis exitialis certamina cogebatur abnuens et reclamans, adulatorum oblatrantibus turmis, bellicosus sane milesque semper et militum ductor sed forensibus iurgiis longe discretus, qui metu sui discriminis anxius cum accusatores quaesitoresque subditivos sibi consociatos ex isdem foveis cerneret emergentes, quae clam palamve agitabantur, occultis Constantium litteris edocebat inplorans subsidia, quorum metu tumor notissimus Caesaris exhalaret.

Proinde concepta rabie saeviore, quam desperatio incendebat et fames, amplificatis viribus ardore incohibili in excidium urbium matris Seleuciae efferebantur, quam comes tuebatur Castricius tresque legiones bellicis sudoribus induratae.

Le Colombier vert : lieu d’échanges et d’apprentissage autour du patrimoine

Et quia Montius inter dilancinantium manus spiritum efflaturus Epigonum et Eusebium nec professionem nec dignitatem ostendens aliquotiens increpabat, qui sint hi magna quaerebatur industria, et nequid intepesceret, Epigonus e Lycia philosophus ducitur et Eusebius ab Emissa Pittacas cognomento, concitatus orator, cum quaestor non hos sed tribunos fabricarum insimulasset promittentes armorum si novas res agitari conperissent.

Qui cum venisset ob haec festinatis itineribus Antiochiam, praestrictis palatii ianuis, contempto Caesare, quem videri decuerat, ad praetorium cum pompa sollemni perrexit morbosque diu causatus nec regiam introiit nec processit in publicum, sed abditus multa in eius moliebatur exitium addens quaedam relationibus supervacua, quas subinde dimittebat ad principem.

Emensis itaque difficultatibus multis et nive obrutis callibus plurimis ubi prope Rauracum ventum est ad supercilia fluminis Rheni, resistente multitudine Alamanna pontem suspendere navium conpage Romani vi nimia vetabantur ritu grandinis undique convolantibus telis, et cum id inpossibile videretur, imperator cogitationibus magnis attonitus, quid capesseret ambigebat.

Inter has ruinarum varietates a Nisibi quam tuebatur accitus Vrsicinus, cui nos obsecuturos iunxerat imperiale praeceptum, dispicere litis exitialis certamina cogebatur abnuens et reclamans, adulatorum oblatrantibus turmis, bellicosus sane milesque semper et militum ductor sed forensibus iurgiis longe discretus, qui metu sui discriminis anxius cum accusatores quaesitoresque subditivos sibi consociatos ex isdem foveis cerneret emergentes, quae clam palamve agitabantur, occultis Constantium litteris edocebat inplorans subsidia, quorum metu tumor notissimus Caesaris exhalaret.

Proinde concepta rabie saeviore, quam desperatio incendebat et fames, amplificatis viribus ardore incohibili in excidium urbium matris Seleuciae efferebantur, quam comes tuebatur Castricius tresque legiones bellicis sudoribus induratae.